Exposés à la violence domestique, les enfants développent une hyper-vigilance semblable à celle des vétérans

Une recherche scientifique bien concrète a observé que des enfants exposés à la violence familiale présentent des réponses cérébrales qui ressemblent à celles observées chez des soldats ayant vécu des combats. L’étude la plus souvent citée est celle menée par Eamon McCrory et ses collègues à l’University College London (UCL) et à l’Anna Freud Centre. Elle a utilisé l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) pour mesurer l’activité cérébrale de 43 enfants — 20 ayant été exposés à de la violence domestique et 23 non exposés — pendant qu’ils regardaient des visages exprimant des émotions.

Ce que les chercheurs ont trouvé, c’est que chez les enfants exposés au stress familial sévère, deux zones importantes du cerveau — l’insula antérieure et l’amygdale — s’activent de manière significativement accrue en réponse à des stimuli menaçants (par exemple des visages en colère). Or ces mêmes régions s’activent fortement chez les soldats exposés à des combats violents lorsqu’on les scanne avec des techniques similaires. Ce profil d’activation est associé à une hyper-vigilance face aux menaces, un trait que l’on observe couramment chez les vétérans qui ont vécu des situations de guerre extrême.

Les auteurs suggèrent que cette « recâblage » du système émotionnel pourrait être une forme d’adaptation — utile à court terme pour détecter rapidement un danger — mais qu’elle va de pair avec un risque accru de troubles anxieux ou de difficultés émotionnelles à long terme, même chez des enfants qui ne présentent pas de troubles manifestes au moment de l’étude.

Ce travail n’est pas isolé. D’autres analyses antérieures rapportent des résultats similaires : un article du journal Current Biology en 2011 déjà soulignait que la violence familiale modifie les systèmes d’alarme cérébraux chez l’enfant dans des zones qui s’activent aussi chez les soldats revenus de combat.

En résumé, les preuves scientifiques ne se contentent pas d’une métaphore : des études avec IRM fonctionnelle montrent que des formes sévères de stress familial modifient l’activité cérébrale des enfants dans des zones clés du traitement des menaces, d’une manière qui se rapproche de ce que l’on observe chez des personnes exposées à des combats militaires. Les auteurs parlent de cette similitude comme d’une adaptation neurologique au stress chronique, avec des implications pour la santé mentale future des enfants.

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